Dire le handicap (en entreprise) reste difficile tant le mot est chargé de peurs, de clichés et de jugements. Au Grand Pitch, des candidats choisissent pourtant de prendre la parole. Leur témoignage montre comment oser dire transforme non seulement les regards, mais aussi la manière de sensibiliser au handicap, autrement.
Pour beaucoup, le mot est lourd, chargé, difficile à prononcer. Il renvoie à des représentations figées, à la peur d’être réduit à une étiquette. Mais aussi à la crainte d’être jugé ou disqualifié. Et ce dans la société comme dans le monde du travail.
C’est précisément à cet endroit que se situe le Grand Pitch. C’est un espace où la parole devient possible, audible, et surtout transformatrice. À travers les témoignages d’Anaïs, Tom, Romain et Nadia, le concours révèle ce qui se joue quand on ose dire. Mais aussi comment cette parole, loin d’être un simple récit personnel, devient un puissant levier de sensibilisation.
Dans le travail, le handicap reste souvent un mot qu’on évite. Non pas par ignorance, mais par crainte de ce qu’il déclenche. Cela peut être une mise à distance, une inquiétude managériale ou une lecture biaisée des compétences. Avant même d’être une question d’aménagement ou d’organisation, c’est un sujet de langage. Anaïs raconte ce flottement identitaire qui précède souvent toute prise de parole professionnelle : « Je tais mon handicap depuis très longtemps, je n’avais pas mis de mots dessus. J’avais l’habitude de dire que j’étais juste malade, comme je le dis dans mon pitch. »
Tant que le mot n’est pas posé, il est difficile d’en parler. Et ce que ce soit à un recruteur, à un manager ou à son équipe. Tom met lui aussi en lumière ce décalage entre diagnostic médical et reconnaissance professionnelle : « J’ai appris l’année dernière le nom de ma maladie. Avant je ne me considérais pas comme handicapé ».
Dans l’entreprise, cette absence de mots produit un malentendu durable : les difficultés existent, mais ne sont ni visibles ni nommées. Elles deviennent alors des complications silencieuses et dangereuses pour la santé et la sécurité des personnes en décalage avec leurs conditions de travail.

Cette difficulté à nommer s’accompagne très souvent d’une peur plus concrète : celle d’être jugé moins compétent. Dans les parcours que Pépites emploi accompagne, cette autocensure apparaît très tôt, parfois dès la rédaction du CV. Arnaud est le cofondateur de Pépites emploi, qui porte le Grand Pitch, mais aussi une activité de recrutement inclusif. Il le constate régulièrement : « C’est comme un mot interdit. Ils n’en parlent pas en entretien, et ils ne l’affichent pas sur leur CV ».
Pour les personnes concernées par le handicap, dire serait prendre un risque professionnel. Anaïs exprime clairement cette crainte : “Il y a la peur de parler, que les gens te jugent, ça arrive beaucoup quand tu as un handicap invisible. Tu seras un poids, ça va être relou ».
Cette peur n’est pas irrationnelle. Elle est nourrie par des représentations encore très ancrées : handicap = fragilité, poids, ralentissement et contrainte pour une équipe. Résultat : beaucoup préfèrent taire leurs besoins et surcompenser.
À force de composer avec ces non-dits, le doute s’installe. Même lorsqu’elles occupent des postes à responsabilité, certaines personnes continuent de se sentir en sursis. Nadia met des mots sur ce phénomène très répandu : « J’ai parfois du mal à me trouver légitime. J’ai le syndrome de l’imposteur, même si je suis sur un poste à responsabilité. J’ai l’impression de devoir toujours prouver, toujours justifier”. Dans le travail, cette posture coûte cher. Elle pousse à se surinvestir, à se justifier en permanence. Et à accepter des situations inconfortables par peur de perdre sa place.

Le Grand Pitch est un événement de sensibilisation pour les entreprises et le grand public. Il ne demande pas aux candidats de parler de leur handicap au sens médical du terme. Il leur propose de parler de leur parcours, de leur rapport au travail, de leurs limites et de leurs forces. Et ce dans un cadre où la parole est protégée.
Romain décrit très précisément ce que cela change : « En arrivant au séminaire du Grand Pitch, j’ai bien vu que l’équipe était consciente que la société doit évoluer. Ils savent tout ça, ils nous permettent d’être à l’aise dès le début. On se rend très bien compte que quand on nous permet d’être à l’aise et de vivre très sainement avec ses particularités, on peut aussi vivre comme les autres. »
Cette sécurité n’est pas symbolique. Elle permet de tester une autre façon d’être soi dans un cadre convivial mais quasi professionnel. Un contexte sans enjeu hiérarchique immédiat, mais avec un vrai public.
Voir d’autres personnes oser dire, oser nommer, oser se raconter agit comme un miroir puissant. Le groupe devient un accélérateur de confiance. Nadia raconte ce basculement intérieur : « Parfois on peut se demander ‘est-ce que je suis à ma place?’. Pendant le séminaire, j’ai trouvé les autres tellement exceptionnels que je me suis demandé ‘est-ce que vraiment je suis légitime à parler ?’. Finalement je me dis que tout ça, je m’en suis inspirée. Ils m’ont donné cette force. »
Pour Anaïs, cette dynamique collective a un impact direct sur sa projection professionnelle : « Je ne cacherai pas mon handicap toute ma vie. Si j’ose affronter les choses ici, c’est un autre moyen psychologique d’accepter ce que j’ai. » Tom rappelle cependant que ce chemin reste progressif : « J’ai beaucoup rejeté mon handicap. Aujourd’hui je le rejette toujours. C’est le travail de toute une vie d’accepter ça ».

Au Grand Pitch, les participants travaillent le récit de façon accompagnée, structurée. Ce n’est pas une confession mais une prise de parole consciente, pensée pour être entendue. Nadia explique ce que ce travail change : « Les coachings nous permettent de transcender notre parole, et notre émotion, qu’on doit donner avec justesse, et pas quelque chose de ‘joué’, comme si un autre racontait notre vie ».
Cette justesse est essentielle aussi dans le monde du travail. Elle permet de sortir du registre de la justification ou de la plainte, pour entrer dans celui du dialogue et de la compréhension mutuelle. Cette posture est duplicable dans un processus de recrutement, et Pépites emploi coache également ses candidats avant de les présenter aux entreprises.
À mesure que la parole se pose, quelque chose se rééquilibre. Les candidats ne parlent plus seulement de ce qui les freine, mais de ce qu’ils apportent. Pour Nadia, il y a eu un déclic : “C’est mon histoire. Je peux être fière de mon parcours ». Pour Tom, « il faut arriver à s’aimer soi, avec ses défauts, physiques ou mentaux. Juste arriver à s’aimer soi. »
Anaïs ose dire aujourd’hui qu’elle est là, qu’elle mérite sa place et le respect. Et Romain résume ce que devient alors la parole : « C’est extraordinaire ce qu’on nous propose ici : allumer sa lumière pour la transmettre aux autres. »
Le Grand Pitch propose aux entreprises une sensibilisation radicalement différente. À travers des témoignages incarnés, le handicap quitte le registre des idées abstraites. Il devient une réalité humaine, singulière et complexe ー mais pas compliquée. En écoutant ces parcours, les représentations se déplacent. Le handicap ne définit ni la compétence, ni l’engagement, ni la valeur professionnelle d’une personne.
Pour les équipes et les managers, ces prises de parole ouvrent un espace de dialogue rare. Elles donnent à voir ce qui facilite vraiment le travail au quotidien : la confiance, l’écoute, la possibilité d’exprimer ses besoins sans se justifier. En interne, Le Grand Pitch contribue ainsi à faire tomber les non-dits et à installer une culture plus mature du handicap, ancrée dans le réel.
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